Sonja et Roland Gurtner, les bourlingueurs

Cliquer sur le titre d’un article pour en découvrir la suite

10 jours à Castellón de la Plana

C’est l’éclipse solaire du 12 août 2026 qui constitue le prétexte de ce voyage. En effet, elle sera totale sur une large bande qui traverse l’Espagne du Nord au Sud, en touchant également les Baléares. Alors pourquoi ne pas envisager un voyage de 10 jours en Espagne, pas seulement pour assister à l’éclipse totale, mais aussi pour découvrir une région? Notre choix s’est très vite porté sur la ville de Castellón de la Plana, située près du centre de l’ombre que créera l’éclipse.

Sitôt dit, sitôt fait. Nous réservons un appartement pour 10 jours, 4 jours avant et 4 jours après l’éclipse. Et il était temps, car les hébergements à Castellón pour la période concernée étaient déjà bien pris! Heureusement nous avons eu la chance de trouver un des derniers appartements du centre-ville à un prix raisonnable. Quant au déplacement, il se fera en avion au départ de Genève (départ de Bienne avec le premier train de 05h18), avec escale à Madrid.

Vendredi 7 août: arrivée à Castellón

Après avoir mangé dans l’un des nombreux restaurants de l’immense aéroport de Madrid, nous décollons avec la compagnie Air Iberia à 14h00, pour atterrir à Castellón un peu avant 15h00. Lors de notre approche, nous remarquons la sécheresse du sol, qui rappelle le vaste incendie de forêt qui a sévi à 5 km de la ville quelques jours avant notre départ; il est aujourd’hui heureusement éteint.

Un taxi nous emmène ensuite jusque devant notre appartement, à plus de 30 km de l’aéroport. Idéalement situé au centre-ville, à 5 minutes des principaux bâtiments historiques, de l’office du tourisme, du Marché Central et de la ligne de bus menant à la plage, distante de 4 km. Personne pour nous recevoir. Des instructions reçues par WhatsApp d’une certaine Isabel pour accéder aux clés contenues dans une cassette devant la maison, moyennant un code reçu peu avant… Notre appartement donne sur une rue piétonne, très calme, où seules les voitures autorisées peuvent circuler à 20 km/h – ce qui se produira très rarement. Et l’appartement est joli, propre en ordre et bien équipé. Le premier geste est d’actionner la climatisation, car la température est d’environ 35 degrés!

Une fois installés, nous partons à la découverte du quartier, en particulier de la Plaza Mayor et de ses imposants bâtiments. Nous en profitons également pour repérer le seul restaurant végane du coin, l’ « Enkuentro Cuina Natural », qui est très bien noté. Malheureusement celui-ci est fermé pour cause de vacances! Nous nous rabattrons alors sur un joli restaurant chinois, qui nous sert un délicieux wok au tofu.

Samedi 8 août: courses et plage

Le matin est principalement consacré à faire les courses, d’abord au supermarché, puis au marché central, tous deux situés à côté de la Plaza Mayor. Au préalable, nous prenons un café-croissant dans une boulangerie située sur la rue parallèle à la nôtre, puis passons à l’office du tourisme, où un monsieur très aimable nous fournit une abondante documentation sur la ville et sa région, les transports publics et les plages. Au sortir du marché, une agréable place ombragée nous invite à l’apéro. Il est 13h00 et du coup, nous en profitons pour manger une salade. Jamais encore, on ne nous avait servi un apérol de cette manière!

La plage de Grau

Vers 17h00, le bus no 1 nous conduit en quelque 15 minutes à la plage de Grau (prix: 1,20 euros pour 4 km!). Une magnifique plage de sable fin s’étend sur 3 km. Mais que de monde! L’eau est incroyablement chaude: +/- 30 degrés!

Vers 20h00, c’est l’apéro sur les balançoires du bar de plage, puis un repas copieux à une table sur le sable: guacamole, salade et patates du patron.

Comme tous les samedis soirs, il y a une beach-party latino, censée débuter à 20h00. Belle ambiance, mais les musiciens n’en finissent pas de s’installer. Si bien qu’à 21h30, nous décidons de quitter les lieux pour prendre le bus de 22h00, plutôt que celui de 23h00, qui nous ferait rentrer un peu tard… Mais c’est « party » remise à samedi prochain!

Dimanche 9 août: repos et ballades

On reste au frais chez nous, tranquilles. Apéro, repas, puis sieste. En fin d’après-midi, ballade dans le quartier, où nous faisons des rencontres et des découvertes surprenantes…

Les sculptures de la Plaza Huerto Sogueros, ont été créées en l’honneur des ouvriers de l’industrie du chanvre, qui a été un moteur économique important au 17e siècle.

Après le repas du soir, petite promenade nocturne, où nous découvrons une autre merveille, avant de retrouver notre rue quasi toujours déserte…

Lundi 10 août: en voiture à Peñiscola

Location de voiture

Pour nous permettre d’explorer la région, nous décidons de louer une voiture pour 4 jours. Par le site de Booking, c’est facile et pratique, car il vous indique l’agence de location la plus proche. Celle-ci se trouve à 10 minutes de chez nous en bus. Reste à trouver un endroit pour garer la voiture. Notre logeuse nous a fourni un lien vers un un parking situé à 2 minutes de chez nous. Il s’agit du Parking souterrain Saba, qui propose un abonnement de plusieurs jours à un tarif réduit. Les 4 jours nous reviennent à 50 euros, alors qu’une seule journée en coûterait 40,5 ! On accède au parking par un code QR envoyé par mail. Rien de plus simple!
Au guichet de l’agence Budget, les formalités sont très rapides et en 10 minutes, nous entrons en possession d’une Seat toute neuve. Le temps de relier mon iPhone à la voiture, d’afficher le trajet sur Google Maps, et déjà une charmante voix nous dirige vers Peñiscola, à environ 1 heure de route!

Peñiscola

Peñiscola est une presqu’île rocheuse de 68 m de haut, sur laquelle, à la fin du 13e siècle, l’Ordre des Templiers a bâti un château fort, après qu’elle ait été occupée successivement par les Phéniciens, les Grecs, les Romains et les Arabes. Au 15e siècle, le pape d’Avignon Benoît XIII (Pedro de Luna) s’y réfugie et transforme le château en siège pontifical. Il parait que c’est un site idéal pour observer l’éclipse et nous voulions explorer cette possibilité. Renseignements pris à l’Office du tourisme, il y aura énormément de monde: la municipalité a prévu un parking de 12’000 places! On nous conseille donc de rester à Castellón. Mais Peñiscola, avec ses ruelles, son château et ses deux plages, mérite une visite. Y arriver est facile et rapide par l’autoroute; y trouver où se garer, beaucoup moins!

À l’entrée de la ville, nous sommes rapidement pris dans un bouchon. En constatant que le parking du port est complet, nous comprenons, au vu du flot de véhicules qui tournent à la recherche d’une place de parc, que les parkings du bord de mer sont tous complets. En rebroussant chemin, nous tombons sur un panneau « parking gratuito » et nous suivons le fléchage, qui nous amène effectivement vers un lieu à l’écart près du cimetière, à quelques minutes du centre-ville. Voilà bien notre chance!

Nous nous posons ensuite sur une terrasse de café, bien à l’ombre. Le temps de nous repérer. L’office du tourisme est au bout de la rue, mais auparavant, comme il est passé midi, il s’agit de trouver un restaurant qui offre des alternatives végétariennes. Nous en trouvons un pas loin, où nous dégustons une excellente paella aux légumes. De quoi puiser des forces pour monter au château, dont la visite est incontournable!

Une montée en pleine chaleur, où l’on recherche la moindre ombre, mais pleine de charme.

Mardi 11 août: où voir l’éclipse?

Journée calme, relaxante. Courses au marché, repas de midi chez nous, suivi d’un café et d’une sieste. En fin d’après-midi, nous nous rendons à la plage en voiture pour explorer lieux qui se prêtent le mieux à l’observation de l’éclipse solaire du lendemain. Nous cherchons à nous garer pour prendre un bain à l’autre bout de la plage longue de 3 km. Mais le bord de mer est déjà envahi de voitures venues de partout et impossible de trouver une place de parc. Nous rebroussons donc chemin sans avoir pu déterminer le lieu où nous poser pour observer l’éclipse. Le mieux sera de passer le lendemain à l’Office du tourisme pour nous renseigner. En attendant, apéro du soir au bar sympa « L’Antigua Valenciana », que nous avions repéré il y a quelques jours.

Mercredi 12 août: jour de l’éclipse!

Nous nous réjouissons de pouvoir observer notre première éclipse solaire totale! Comme prévu, nous nous rendons à l’Office du tourisme pour nous informer des lieux les plus favorables pour observer ce phénomène astrologique extraordinaire, que tout le monde attend avec impatience. Depuis deux ans, la municipalité de Castellón est au travail pour préparer cet événement unique. Elle a prévu toute une série d’activités sur deux pôles: la Enscenario Sol et la Enscenario Luna, où sont installés des écrans géants, et elle a édité un plan résumant toute l’organisation. Des conférences sont également prévues sur le site du Planétarium proche de la plage. Le tout est expliqué en détail une page spéciale de son site internet (https://www.castello.es/es/eclipse-total-de-sol-2026?redirect=%2Fes%2Fcercador%3Fdelta%3D20%26start%3D700).

Nous voilà donc comblés et décision est prise de nous rendre en bus à la plage vers 16h00. Le seul souci est la météo, car des nuages élevés sur les montagnes sont annoncés. Croisons les doigts! A l’heure dite, nous prenons le bus jusqu’à la scène Luna, puis longeons le chemin réservé aux piétons et aux cyclistes en direction de la scène Sol, de manière à trouver un endroit où l’horizon est suffisamment dégagé pour voir l’éclipse totale avant que le soleil ne se couche. A 29h37, la lune commence à grignoter le soleil: c’est le moment de mettre ses lunettes pour observer le croissant qui se creuse progressivement, une phase qui va durer près d’une heure. Sur la dune, un groupe d’Américains a installé télescopes et appareils de photo munis de filtres.

Peu avant 20h00, nous assistons au défilé prévu au programme.

À partir de 20h30, nos yeux ne quittent plus le soleil: il ne reste plus qu’un mince croissant, qui disparaît soudain peu après 21h31, et c’est l’éclipse totale, accueille par des cris de joie et des applaudissements! On enlève les lunettes pour profiter du spectacle à l’œil nu : la magnifique couronne solaire et la luminosité incroyable! On en profite aussi pour faire des photos et une vidéo, afin d’immortaliser cet instant magique et unique. Un moment fort, indescriptible, d’une beauté exceptionnelle, qui va durer exactement 1 minute et 34 secondes…

Et soudain un flash, salué par les mêmes cris et applaudissements: le disque solaire réapparaît derrière le côté gauche de la lune! Vite, on remet les lunettes! Et on observe l’accroissement lent du croissant de soleil, avant qu’il ne disparaisse derrière l’horizon quelques minutes plus tard… On rejoint alors la cohorte de gens qui se dirigent vers la station de bus, où il faudra faire la queue pendant environ une demi-heure (un bus toutes les 15 minutes).

Jeudi 13 août: un clocher et un château

Montée du clocher El Fadri

De 11h00 à 13h00, il est possible d’escalader les 192 marches de l’escalier en colimaçon menant au sommet de ce clocher de 60 m de haut, construit à la fin du 15e siècle indépendamment de la co-cathédrale Santa Maria. Il ne faut pas être claustrophobe pour y monter, surtout par la canicule qui y règne! Mais la vue depuis le sommet en vaut la peine.

Vilafamés

Comme nous devons rendre la voiture demain matin, nous en profitons encore cet après-midi pour visiter la petite ville de Vilafamés, distante d’environ 20 km. Un des plus beaux villages d’Espagne. Son centre urbain, de même que son château, remonte à l’époque musulmane. C’est toujours la canicule, et la montée au château est longue et pénible. Elle est toutefois compensée par de très belles vues sur le village et la région. A l’entrée du village, nous découvrons un grand lavoir public couvert, construit au début du 20e siècle. Il est alimenté par une source naturelle exploitée depuis des temps immémoriaux.

En montant la rue pentue qui mène au château, surgit soudain un gros rocher qui donne l’impression de pouvoir glisser à tout moment entre les habitations. Une masse impressionnante de 2163 tonnes pour un plume de 832 m2. La légende dit que, de peur d’être un jour écrasés par la chute de ce rocher, des habitants l’ont attaché avec une immense corde pour la tirer vers la plaine; mais la corde s’est rompue et les villageois sont tombés à la renverse sur le sol rocailleux et boueux, se tachant les fesses de poussière rouge. Le rocher n’avait pas bougé d’un milimètre…Depuis cette histoire les habitants des villages voisins surnomment les natifs de Vilafamés les « culs rouges »!

Puis nous arrivons sur l’esplanade de l’église de l’Asomption, datant du 16e siècle. On y trouve un remarquable retable du 17e siècle. L’église est malheureusement fermée.

Notre montée se poursuit jusqu’au château, du moins ce qu’il en reste, d’où nous profitons de la magnifique vue, avant de rejoindre notre voiture.

Vendredi 14 août: la fête à Grau

Sur un écran d’affichage dynamique à l’entrée de la Plaza Mayor, je découvre que le quartier de Grau – le quartier du port – célèbre sa fête annuelle ce week-end. Le programme de ce vendredi prévoit notamment une « sualta de vacas » à 18h30. Une exhibition de vaches? Intrigués, nous décidons d’y aller.

Arrivés au terminus du bus vers 18h15, nous sommes surpris par le peu d’animation et nous devons nous renseigner à plusieurs reprises sur le lieu de la fête. Nous découvrons alors des rues bouclées par de grand grillages en fer et comprenons que des taureaux seront lâchés dans les rues d’un périmètre assez restreint. Une tradition qui perdure depuis des siècles. Nous nous tenons sagement à l’intérieur d’une des cages, située juste à côté des boxes d’où sortiront les taureaux. On ne libère qu’un taureau à la fois et une fois celui-ci épuisé, on le ramène dans le box en l’attirant à l’aide d’une vache munie d’une cloche. Un spectacle auquel nous assistons avec curiosité pour la première fois. Mais un spectacle qui nous désole en raison de la maltraitance qu’il implique: l’animal, excité par les « courageux » qui osent l’affronter, est complètement désorienté et chute parfois lourdement sur le bitume. L’un d’entre eux a même le museau en sang…

Aussi n’attendons-nous pas la fin de l’événement pour rejoindre la magnifique allée piétonne longeant le port. Nous choisissons un des nombreux restaurants pour y manger une salade, précédée d’un rafraîchissant « tinto verano », une sorte de sangria composée de vin rouge, de limonade citron et de glaçons, que nous buvons pour la première fois.

Samedi 15 août: soirée à la plage

Comme promis, nous rejoignons une dernière fois la plage de Grau en bus en fin d’après-midi, pour d’une part prendre un dernier bain de mer et d’autre part passer une soirée latino au bar de la plage, le DHARMA. Malheureusement, à peine étions-nous sortis de l’eau que le ciel commence à se faire menaçant et qu’un vent d’orage se lève. Lorsque nous apercevons un nuage de sable à l’horizon, nous comprenons qu’il faut quitter la plage le plus vite possible. En effet, nous avons juste le temps de rejoindre la rue que nous sommes frappés par de violentes rafales chargées de sable, qui nous obligent à nous protéger le visage. Nous trouvons refuge sous le toit du planétarium tout proche, à l’abri du vent, d’où nous observons la tempête, qui va durer une bonne demi-heure.

Il est près de 20h00 lorsque nous rejoignons le bar, où nous attend la table que nous avions réservée. Il commence alors à pleuvoir, pas très fort, mais suffisamment pour que le garçon déplace notre table sur la scène de danse abritée par une bâche. Nous sommes en compagnie d’une joyeuse équipe de jeunes venus fêter un anniversaire. Et le repas terminé, nous dansons nous aussi sur la musique d’un DJ, en attendant que les deux musiciens aient fini de s’installer. Ceux-ci ne vont commencer à jouer que passé 22h00, si bien que nous ne pourrons en profiter que durant une demi-heure, puisque nous avions décidé de rentrer par le bus de 23h00 (station à 20 min à pied).

Dimanche 16 août: dernière promenade en ville

Dernière journée de détente à Castellón. Après un bon repas pris dans notre appartement (il faut impérativement vider le frigo!), nous déambulons en fin d’après-midi dans une partie du quartier que nous n’avions pas encore explorée. De belles découvertes nous attendent: de charmantes ruelles tranquilles, un ficus centenaire, des sculpture étonnantes, un olivier millénaire, un beau plan d’eau dans le parc Ribalta.

Conclusion

L’éclipse totale vécue le 12 août était évidemment un moment fort, qui restera à jamais gravé dans notre esprit. A lui seul, cet événement exceptionnel valait le voyage. Mais ces 10 jours ont aussi été riches en découvertes. Et il y aurait encore beaucoup à voir. S’il n’y avait eu cette canicule, nous aurions, par exemple, encore pu effectuer de belles randonnées dans les parcs naturels de la région. On peut dire que nous avons bien vécu Castellón. En particulier l’animation qui régnait sur les terrasses le soir. A l’exemple de cette dernière excellente glace à l’Avenida Rei del Jaume et de ce dernier verre pris à minuit sur la Plaza de Tetuan.

P.S. Nous apprenons que la prochaine éclipse totale aura lieu à en 2027 déjà, à l’extrémité sud de l’Espagne, le 2 août, jour anniversaire de Sonja. Le déplacement est incontournable! https://www.20min.ch/fr/story/mediterranee-vous-avez-aime-2026-ne-manquez-pas-l-eclipse-record-de-2027-103617111


Publié

dans

par

Étiquettes :